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La chimie verte
Stéphane Sarrade
Commissariat à l’énergie atomique (CEA) de France
Chef de service

Concilier la chimie industrielle et son environnement
Texte rédigé par Jocelyne Santamaria
Compte rendu de conférence


Puisque nos sociétés se sont développées autour du pétrole et que les produits chimiques sont très souvent des dérivés pétroliers, la chimie est perçue comme l’épouvantail du progrès scientifique. Cependant, la chimie peut être aussi une réponse aux défis qui attendent les générations futures.

Comment gérer une croissance infinie dans un monde fini? D'ailleurs, la chimie industrielle est condamnée à évoluer vers la chimie verte pour répondre aux enjeux des citoyens de la planète : nourrir toute la population mondiale, fournir les médicaments, l’accès à l’eau potable, les énergies renouvelables et préserver l’environnement tout en diminuant les gaz à effet de serre.

Les principaux objectifs de la chimie verte passent par la limitation des impacts de la chimie sur les humains et l’environnement. Tout ceci est basé sur des principes simples : moins de matières premières fossiles, moins d’énergie utilisée, moins de sous-produits, moins de déchets, moins de toxicité, plus de matières renouvelables, plus de catalyseurs utilisés et plus de recyclage.

Pour y parvenir, quatre axes de recherches ont été établis. Citons par exemple l’utilisation maximale des matières premières qui, transformées, doivent se retrouver le plus largement possible dans le produit final, limitant ainsi la production de sous-produits (matières premières végétales, bioraffinage, produits biodégradables et inertes…). Un domaine mieux connu du grand public est l’utilisation maximum de l’énergie : la gazéification de la biomasse, les biocarburants, la photovoltaïque (énergie électrique produite à partir du rayonnement solaire). Une autre piste de solution est sans aucun doute l’utilisation des solvants propres, c’est-à-dire remplacer les solvants organiques actuels qui génèrent de grandes quantités de déchets dangereux, par un solvant supercritique. En faisant varier la pression et la température, on parvient à transformer le comportement des gaz pour qu’ils deviennent de bons solvants. Ces axes de rercherche qui produisent des quantités minimales de déchets dans des formes adaptées passent par le CO2 et l’H20 supercritique.

Les applications des recherches sur le CO2 supercritique sont nombreuses : l’extraction des produits biologiques, l’imprégnation de matrices diverses (cuir, tissus, polymères…), la mise en forme de produits (oxydes métalliques, polymères…) et des réactions chimiques en phase homogène(synthèse, hydrolyse…). Plusieurs usines dans le monde utilisent déjà ces nouvelles manières de faire telles des usines d’extraction, de décontamination ou d’imprégnation. La grande réussite est l’usine OENEO, en Espagne, qui, grâce à une technologie développée sous le principe de la chimie verte, a obtenu du succès environnemental et financier. Mentionnons aussi la réussite du tannage de peaux par CO2 supercritique qui permet de réduire les effluents aqueux de quinze tonnes.

Albert  Einstein a dit : « La folie est de toujours se comporter de la même manière et de s'attendre à chaque fois à un résultat différent… ». Il est grand temps d’appréhender la chimie d’une nouvelle manière. La chimie peut être et doit être partie intégrante des solutions des défis de demain. Une nouvelle révolution est en marche, elle est résolument tournée vers le développement durable.

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