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Revalorisation de la biomasse de plantes aquatiques envahissantes du fleuve Niger
Benoît Courteau
Éco-Industrielle
Président, Biologiste et Mécanicien industriel

Initiative « D’un fleuve à l’autre »
Texte rédigé par Dominique Lapalme
Compte rendu de conférence


Chaque année le fleuve Niger (au nord du pays près du Mali) est envahi par des plantes aquatiques flottantes. Elles gênent les pêcheurs et réduisent les accès à l’eau des communautés riveraines. On y  organise alors des corvées pour dégager la surface de l’eau à l’aide d’outils simples et de pirogues. L’abondante récolte de plantes (majoritairement la jacinthe d’eau - Eichornia) a mené à l’élaboration d’un projet de mise en valeur de leur biomasse (jusqu’à 40 kg/m d’eau). La culture de ces plantes en lagunage (bassins artificiels) et le long de certains bras du fleuve a permis d’en faire une ressource renouvelable. Du compost est produit en 45 jours à partir des jacinthes d’eau. Les communautés riveraines s’impliquent dans le projet dès la première année, témoignages des changements positifs rapides qu’il apporte. En 3 ans, la communauté abritant le projet est en mesure de le démarrer, d’apprendre à l’opérer et à le gérer seule.

Le compost améliore les conditions de culture et permet leur diversification : des rendements de récoltes doublés, de nouveaux légumes, une pépinière d’arbustes (ceinture verte freinant la désertification) et de plantes oléagineuses (Azadirachta (Neem), Jatropha et Moringa). On produit à partir de leurs graines des huiles servant à composer un bio fuel (70 %) alimentant certains des équipements du projet (fabriquant les granules, pressant les graines, déchiquetant les plantes). De plus, elles fournissent une partie de la matière servant à la fabrication des granules, du savon et de l’huile à lampe. Une partie des déchets de la communauté est récupérée et mise en valeur : la fleur de jacinthe parfume le savon, les boîtes de conserve sont transformées en lampes à l’huile, un des tourteaux est incorporé aux cartons de culture, les fibres racinaires des jacinthes servent à fabriquer les pots de culture (une alternative au sachet de polypropylène) et les résidus ligneux composent les granules.

Ces nouvelles ressources servent de levier à la communauté qui peut désormais soutenir d’autres activités. Des soudeurs pourront être engagés pour fabriquer et réparer des outils, des lampes et des fours éconobois sans fumée plus sécuritaire pour les familles (plusieurs femmes et enfants meurent chaque année de maladies respiratoires attribuables à leur exposition aux particules fines de la fumée des feux de cuisson traditionnels. L’exploitation d’une briqueterie permet d’alimenter les nouveaux fours de cuisson à granules (composées de résidus de biomasse de plantes aquatiques, de plantes maraîchères et de pépinière) sans avoir recours aux  arbustes en bordure du désert (Sahara).

Ainsi, la revalorisation de la biomasse des plantes aquatiques est à la base d’un ensemble d’activités industrielles interdépendantes qui rehaussent le niveau économique, de santé et d’éducation de ces communautés.

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